C'est bien connu, la pornographie se situe sur le même terrain que la morale. Avec une arnaque constante : laisser entendre que l'ennemi de la pornographie serait la morale (remarquez à quel point le terme acquiert une connotation vague, inquiétante et indéfinissable!). Oui, la pornographie est une caricature de la morale. Oui, la pornographie est une arnaque en ce qu'elle plagie outrageusement le moralisme essentialiste en prétendant l'éradiquer comme son ennemi intime. Que l'on juge du moralisme tel qu'il descend de Platon (le simple fait qu'il descend de Platon devrait inciter les stipendiaires hystériques du moralisme à plus de retenue face à la profondeur) :
- Bien=Etre=Ordre.
Et maintenant l'équivalence que l'on pourrait qualifier de sadienne et dont on notera l'incohérence logique et ontologique :
- Violence=Etre=Ordre=Bien
L'addition de la violence au triptyque original va de pair avec le jeu sur la limite. La violence prétend d'autant plus abolir la limite qu'elle fait de l'abolition de la limite la limite par excellence de l'ontologie sadienne. Le refus de la limite comme limitation incohérente explique assez l'incohérence actuelle de l'organisation humaine. Quant à l'apologie de la destruction pornographique, elle signale à quel point cette incohérence va de pair avec l'éviction de la limitation intériorité/extériorité au profit de l'uniformité et de l'homogénéité prétendues. L'intériorité édictée comme totalité n'est jamais que l'expression de l'infériorité.
samedi 29 septembre 2007
Les chemins du plaisir 126
La pornographie suscite l'intérêt dans la mesure où elle témoigne d'une part essentielle du réel. Les réglementaristes ont beau jeu d'expliquer pompeusement que l'interdire reviendrait à nier une part du réel. Comme si le donné était intangible! Ce qu'exprime la pornographie n'est jamais que le symptôme de l'agencement contemporain de la modernité. La pornographie pose le problème des rapports entre violence, agencement de la violence, énergie et position face au Même. Si la violence est donnée ontologique et intangible, tout dépend de ce que l'homme fait de la violence. Agencer la violence est la mission par essence de la culture. La pornographie exprime l'agencement nihiliste dans la sexualité. La sexualité est le domaine de prédilection de l'agencement de la violence. Ce qui est dangereux pour l'homme, c'est de séparer la violence au nom de l'agencement même, comme si la mission de l'agencement tenait à la séparation de la violence, et non à son aménagement. La distinction de la violence comme séparation est bien une délimitation, mais une délimitation au sens où la limite signifie a séparation radicale et irrévocable. La violence est élue comme destruction pure dans la mesure où son agencement est réputé fatum irréfragable et indépassable. La partie devient le tout en ce que la réduction ontologique réduit pour mieux universaliser, étendre de manière totale et totalitaire. La limite comme séparation révèle que l'arbitraire de la réduction est cohérent avec son extension abusive et que la limite est niée dans la mesure où elle est contradictoire avec l'homogénéisation induite par le Même. La séparation de la violence, son érection pornographique en destruction pure suppose la distinction paroxystique de la distinction présentée comme refus de la distinction, de la limitation poussée dans ses retranchements d'uniformisation totalitaire; Plus la violence morcèle, plus elle prétend à l'uniformité; plus la violence morcèle, plus elle réfute la différence au nom de la répétition; plus la violence morcèle et plus le morcèlement éructe pour exprimer l'absolutisme du Même. Au final, le statut de la violence passe d'un possible et nécessaire aménagement dans le donné à un morcèlement présenté comme constitutif et inévitable. L'adhésion de l'époque à la pornographie consiste à valider cet inévitable au nom du Même et du refus du morcèlement, dans le moment où cet acte revient à valider et aggraver le morcèlement
Les chemins du plaisir 125
La pornographie suscite autant d'intérêt parce qu'elle exprime la sexualité morcelée, le réel morcelé. Si le lien était opéré entre les morcèlements, la pornographie ne serait qu'une excroissance marginale de la perversion, soit une manière de rendre positive la violence en tant que destruction - une aberration aussi étonnante que détonante.
Les chemins du plaisir 124
Pourquoi le réglementarisme du dopage ne peut être affirmé explicitement et sincèrement que dans le scandale et l'inacceptable alors que le réglementarisme sexuel subit de telles ambigüités? Le dopage aux USA, soit en terre d'élection de l'ultralibéralisme, prospère sur le non-dit ou le mensonge. Et pour cause : la revendication de la vie comme affirmation exacerbée et outrée (outrancière) du Surhomme, de l'idéologie du Surhomme et de son utopie, implique que le désir mortifère ne soit pas exacerbé. Le modèle du sportif dopé est trop mortifère quand on connaît le destin d'un footballeur américain pour qu'il puisse durablement aboutir à son apologie. Prostitution et pornographie sont ambigus car le sexe oscille entre la vie et la mort. L'ambiguïté tient à l'énigme de la reproduction, qui oscille entre répétition et différence. Donner la vie, c'est donner la mort. Cette ambiguïté, il faut l'accepter, entériner le paradoxe selon lequel la vie est plus forte que la mort, contre l'évidence rationnelle bornée et aveugle. La destruction est admissible en matière sexuelle parce que al destruction y côtoie la création et l'inacceptable, la création comme le scandale absolu, la différence comme acceptation insoutenable de la disparition, et pas de n'importe quelle disparition, de la disparition familière, singulière, de sa propre disparition. Le sexe, pour valoriser la vie, a besoin de valoriser la mort, quand le sport peut se contenter de valoriser la vie outrée et pure. Pour valoriser le sexe, on a vite fait de valoriser la mort pure et formalisée, bien entendu au nom de la vie et au nom de cette proximité exacerbée et inacceptable.
Les chemins du plaisir 123
L'engouement pour la pornographie n'est de finalité mercantile que si on s'avise que c'est la société de la réduction ontologique, la promotion culturelle de la réduction, qui favorise l'essor de la pornographie. Le débat entre réglementarisme et prohibitionnisme, les deux extrêmes, n'est envisageable que dans la perspective mercantile de la réduction. Dans une société où la réduction serait une aberration, la pornographie serait sans intérêt notable.
Les chemins du plaisir 122
Le problème de la modernité passe par sa gestion du postkantisme, de l'héritage kantien travesti en nietzschéisme triomphant, d'autant plus triomphant qu'il exprime le désespoir de l'impasse et de l'abîme. Au bord du gouffre, le nihiliste vacille parce qu'il confond fantasme et réel. C'est un héritage paradoxal et ironique que la révolution kantienne soit certainement à l'origine de la légitimation de l'Hyperréel.
Les chemins du plaisir 121
La sexualité de la liberté absolue est le fantasme totalitaire qui ne fonctionne pas dans les autres domaines de la vie, et qui fonctionne dans le sexe parce qu'il est le déploiement évident du fantasme (et de la négation du fantasme).
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