dimanche 28 octobre 2007
La tyrannie du direct
L'accélération du rythme de la vie, l'hégémonie de l'événementiel s'expliquent par le besoin de combler la réduction de l'apparence par la surabondance de l'ordre sensible. D'où le caractère trépidant du direct et des informations.
vendredi 26 octobre 2007
Réglementarisme
Le terme de réglementarisme est merveilleux. Le vocable qui prétend définir et revendiquer la libération et la vraie liberté se dénomme réglementarisme. Pourtant, réglementer, c'est légiférer. Autrement dit, le système qui dérégule revendique le réglementarisme. Le système qui légifère et entérine la possibilité de vendre ou de louer son corps n'est libération que dans la mesure où il limite. Décidément, la liberté ne se dépêtre pas de la limite. Curieuse manière que de prétendre apporter la libération en nommant ce processus réglementarisme. Curieuse et paradoxale manière. Car la profondeur du paradoxe tient à la limite qu'instaure le réglementarisme. Le réglementarisme revient à instaurer la règle de l'Hyperréel. Comme son nom l'indique, le réglementarisme légifère, légitime et limite - quoi au juste? L'absence de limites comme reconnaissance de la limite n'est autre que la transposition de la limite à l'Hyperréel. La libération de la limite comme suppression idéale de la limite signale que la limite, pour être nulle part, est partout. Système même de l'archétype le plus proche de l'anéantissement. Voilà qui a au moins le mérite d'être clair.
jeudi 25 octobre 2007
Sweet fantasme
J'écoute Robbe-Grillet dans Ce soir ou jamais. Robbe-Grillet s'élève vigoureusement contre les censeurs moralistes qui prétendent interdire les fantasmes les plus inavouables, en tout cas les régenter et les censurer. Robbe-Grillet aborde notamment les rapports de l'écriture et de l'imaginaire et explique que le propre du fantasme étant de ne pas se réaliser, le rôle du fantasme est d'agir comme un filtre, une catharsis contre le passage à l'acte. C'est sans doute une thèse grossière, mais je serais assez d'accord avec cet écrivain fort moyen (et fort ennuyeux surtout) s'il précisait peut-être que le fantasme est si complexe qu'il ne saurait se limiter à une catharsis de pure défense, ce qu'Aristote ne stipule au demeurant jamais. Il est certain que la censure de l'expression littéraire correspond à un moralisme obvie, à condition qu'une petite précision, capitale, soit apportée : dire prémunit d'agir si et seulement si l'esthétique qui sous-tend l'entreprise littéraire et/ou fantasmatique affirme la séparation de la représentation et de la réalisation. Car une chose est d'énoncer que la littérature est aussi le règne de la pure liberté (et que la perversion imaginaire n'est pas de la perversion, par définition), une autre est de rappeler que le propre d'une certaine autofiction, ou d'écrits autobiographiques ambigus, est de gommer la différence essentielle entre représentation et réel. Je pense à tous ces journaux dont le propre est de glorifier la pédophilie ou de narrer par le menu des expériences sexuelles engageant des personnes réelles. Alors, certes, la relation de ces expériences est très souvent hyperbolique, mais il n'empêche. Le dérapage se situe précisément à cet endroit, dans le lieu de la confusion qui se prétend aussi défense et apologie de la liberté échevelée et absolue. Est-ce parce qu'il oublie ce détail que Robbe-Grillet passe à côté de l'essentiel? En tout cas, si la littérature n'a pas pour fin, ni ambition, de prévenir les actions perverses (et criminelles), elle vaut mieux que le vrai moralisme de l'époque : non d'empêcher l'expression quelle qu'elle soit, mais de défendre le principe de la liberté sans limite.
lundi 22 octobre 2007
Il faut souffrir pour être pot
Curieux penchant que le penchant pour la souffrance. Curieux, quoique plus répandu qu'on ne pense. Je ne vise pas seulement les adeptes du sado-masochisme au sens strict ou de leurs imitateurs édulcorés. Je constate que les valeurs pornographiques sont tout à fait répandues et qu'elles prônent le culte de la souffrance comme quête du plaisir. Ce n'est bien entendu pas le hasard qui aboutit à cette apologie. L'esprit du système a d'autant plus interdit la pornographie qu'il en organisait la célébration insidieuse et métastasée. De quelle souffrance parle-t-on? La souffrance n'est certes pas le fait exclusif de la pornographie, tant s'en faut. Loin d'être une création de la pornographie, ce serait plutôt la pornographie qui serait sa créature torve et difforme. Au départ, l'existence sait que la souffrance est sa compagne intime et indicible. La souffrance est d'ordinaire couplée à la différence en ce qu'elle permet une transformation de la violence en énergie positive pour l'homme. Lorsqu'elle possède ce statut, la souffrance sert la perpétuation de l'existence. La souffrance devient destruction pure, soit apologie du plaisir en souffrance, quand elle est séparée de la différence. Le dopage permet la transformation de la souffrance en acceptation de sa réalité positive - quand l'atavique transformation supposait l'évolution de la destruction vers la création. La représentation pornographique résulte précisément de ce télescopage (dans tous les sens du terme, et plutôt dans ses termes violents) entre le réel et la représentation. Dans tous les cas, la souffrance n'est plus l'objet d'une réelle médiation, elle est nue, bref elle est crue. Plus une star du X est nue, plus elle attise la souffrance. Qui l'eût cru?
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