Ogien : - Je ne crois pas qu'un film soft, vu de loin, éclairé à la David Hamilton, est plus moral qu'un film de John B. Root."
Ogien, par pitié, à défaut d'être éclairé par les néons de Hamilton, daigne illuminer ma lanterne blafarde! Qu'entends-du par - moral? Si c'est la caricature archétypale que tu charries depuis le début de l'émission, cette différence ne dispense aucun intérêt pour l'auditeur qui cherche à comprendre ton propos. Si tu cherches une limite, le moins qu'on puisse avancer, c'est que tu n'en proposes guère... Es-tu venu pour claironner ton combat contre la morale d'arrière-garde? Toi le preux penseur de l'avant-garde dûment répertorié par toutes les éditions érotiques, adoubé de la pointe de son stylo par Ovidie en personne, descendue des marches briquées de son temple solaire? A quand l'éloge vibrant de Bentley, la poétesse que le monde entier attend désespérément depuis Sapho? La consécration pornographique? Ogien, pourquoi ne tournes-tu pas de porno si le style te convient si bien? Bon, un peu de sérieux. Pourquoi toujours feindre (le terme est sans doute malheureux au pays de la pornographie, soit de l'orgasme fantasmé) d'entonner le refrain-repoussoir de la morale, l'antienne trop connue et désormais usée jusqu'à la ligne? Serait-ce qu'il faille éloigner le vrai problème, celui de la limite? Cherches-tu, à l'instar de tant d'autres, à ne pas proposer de limites pour suggérer que la libération unanime et absolue s'impose? Pourquoi énonces-tu qu'il n'y a pas de différence entre un film érotique et un porno de ce bon vieux John B. Racine de X² (au cul)? Le caractère explicite des scènes suffirait amplement à établir une distinction technique et esthétique. Ce ne serait pas la seule. J'insiste bien sur un point : l'art consiste à approfondir la vision du réel, soit à partir du sexe pour édifier le sens; quand la pornographie va à l'encontre de l'art en opérant une réduction du sens vers le sexe/objet, au nom, bien entendu, de l'art et du sens. Se peut-il que tu ignores ces vérités pourtant capitales pour qui escompte percer un tant soit peu le brouillard du mystère? Que tu estimes vraiment que la pornographie constitue une révolution esthétique? Si c'est le cas, pauvre de toi! Oui, pauvre de toi, d'autant que tu reprends le jeu bien connu et bien pervers des réglementaristes, qui revient à jouer sur la limite pour démontrer que ladite limite mérite au moins d'être repoussée, voire n'existe pas, sauf à l'état d'illusion morale et de tabou inutile. Prends garde, Ogien, et veille à te demander qui représentera la vieille breloque décatie : l'antique morale ou ta minable - impensée?
Le Comte dépense.
mardi 25 septembre 2007
Les chemins du plaisir 106
La fin de l'entretien tourne vraiment au déplorable. Tandis qu'Enthoven s'interroge sur le sens du terme pornographie, sans citer son étymologie pourtant éclairante, Ogien joue les subversifs d'un autre temps en se prévalant du combat contre l'Infâme. La différence entre Voltaire au dix-huitième et Ogien au vingt-et-unième? Simple question de style? Il est vrai qu'elle est abyssale... Le seul point digne d'intérêt : Enthoven rappelle quand même à Ogien le transgressif, qui s'imagine sans doute vivre en Arabie Saoudite, ou qui aimerait en son for intérieur que des films X soient projetés vers dix-sept heures au sortir de l'école, que la confession mystico-anale de Bentley, malgré ses relents diarrhéiques, est en vente libre dans n'importe quelle libraire de gare. Comment se fait-il qu'un livre pornographique soit en vente libre et pas un film X? Comment se fait-il qu'un fin lettré comme Enthoven, un diplômé sorti d'Ulm, agrégé de philosophie, bref détenteur des meilleurs titres universitaires, pose une pareille question? Serait-ce que l'omnipotence de l'image, singulièrement cinématographique, soit portée et défendue par ceux qui devraient en être ses contempteurs, même raisonnables? En tout cas, c'est par la bouche d'un lettré que s'opère la trahison, relayée par un autre scribe, assez scribouillard celui-là si j'en crois ses interventions bas de gamme, comme les produits explicites qu'il défend logiquement, l'air de rien. Pourtant, l'explication est évidente : c'est que l'image exhibe d'autant plus la seule et immédiate apparence du réel, soit la représentation la plus fallacieuse et trompeuse, qu'elle se veut explicite. L'interdiction aux mineurs, pour arbitraire qu'elle soit dans une certaine mesure, s'explique de façon justifiée par le danger que représente cette réduction et la violence qu'elle charrie, alors que l'écriture permet non seulement la distanciation du lecteur, mais institue en son déploiement l'approfondissement du réel, à tel point que l'écriture médiocre rate le coche ou laisse un goût d'inachevé. J'en veux pour preuve le témoignage ambigu de Sade, dont on hésite toujours à estimer qu'il procède de la déraison ou de la distraction. Au pied de la lettre, Sade délire. Avec des pincettes, c'est le lecteur qui délire... Quant au visionnage d'un film porno, je ne voudrais pas être désobligeant, mais le délire est d'autant plus effectif que les participants prennent très au sérieux leur activité pourtant grotesque. Le délire est ici pris au pied de la lettre, dans le littéralisme le plus immédiat - littéralisme lugubre qui confine, comme de juste, avec le minimalisme dont se réclame Ogien. Autrement dit, c'est la structure de l'image qui contraint à prendre la représentation du réel au pied de la lettre; quand la structure de la lettre engage la représentation à s'en éloigner et à guigner du côté de l'approfondissement et du mystère.
Pour le reste... Le Comte est bon!
Pour le reste... Le Comte est bon!
Les chemins du plaisir 105
Ogien énonce tellement d'approximations caricaturales qu'il se fait couper par Enthoven.
"Oui, mais pardon, Ruwen Ogien, le critère n'est pas forcément un critère moral, qui consiste à dire : "Il a beau dire oui, en fait il dit non parce que le fond de son âme est pur", ou bien : "Il a beau dire oui, ce qu'il fait est quand même mal, parce que Dieu a interdit la sodomie"! Le critère n'est pas forcément moral! On peut aussi considérer par exemple en lisant Spinoza que tout homme qui souhaite se nuire finalement, qui cherche à se nuire, est un homme qui se fait une fausse représentation du bien, à laquelle il adhère de ce qui est bon pour lui, et qu'une connaissance claire et distincte, ou qu'une connaissance non mutilée, qu'une connaissance complète, suffirait à dissoudre... On n'est pas obligé d'être dans la morale à l'instant où...
Ogien : - Là où je suis d'accord avec vous, je serais très, très heureux si cette conception qui extrait de la morale le rapport à soi-même était plus répandue. Mais le problème, c'est que le rapport à soi-même, l'idée de devoir envers soi-même sont je dirais presque des piliers de la philosophie morale traditionnelle. Ils font peut-être même la base de l'enseignement du professeur de philosophie ordinaire, apprendre aux gens à être tempérants, à être mesurés, modérés dans leurs propos, à essayer de ne pas gâcher leur talent, à faire quelque chose de leur vie, etcétéra, ce sont des chose qui font partie de l'éducation ordinaire, donc mon souci, c'est de, de, que, comme vous venez de le dire d'ailleurs, de, de, d'extraire tout ça du domaine moral."
Quand la bêtise est au-dessus des mots, que faut-il faire?
1) Qu'est-ce que la morale pour que nos deux histrions de la philosophie prétendent de concert en finir? Si al morale se réduit à la croyance dans le Bien et le Mal objectifs, je veux bien écouter; mais s'il s'agit d'aller à l'encontre du principe de délimitation et de distinction, alors aucun philosophe, je parle sous le contrôle du grand Spinoza, n'a osé pareille folie. Serait-ce que le nihilisme soit suffisamment à al mode pour qu'il se permette des insinuations qui, loin d'abolir toute morale, rétablissent in fine la morale la plus moraliste et la plus étriquée, la morale de la violence et de la - pornographie?
2) D'après Enthoven lui-même, la pensée d'un philosophe majeur comme Spinoza réfute le principe de la séparation entre l'individu consentant absolument/immédiatement et les autres individus. La notion de nuisance envers les autres s'enrichit de son corolaire, la nuisance contre soi, qui est jugée, sinon identique, du moins aussi pernicieuse.
3) La réponse d'Ogien laisse perplexe sur les facultés d'Ogien. Je cite, il faut bien le confesser, l'énergumène : "Je serais très, très heureux si cette conception qui extrait de la morale le rapport à soi-même était plus répandue. Mais le problème, c'est que le rapport à soi-même, l'idée de devoir envers soi-même sont je dirais presque des piliers de la philosophie morale traditionnelle". Qu'est-ce que le rapport à soi-même désigne-t-il et en quoi ce rapport diffère de la morale pernicieuse? C'est ce que nous saurons d'autant moins que Ogien, jamais à court d'avanies, oppose explicitement en quelques mots le rapport à soi-même (comme extraction positive de la morale) au... rapport à soi-même (comme "idée de devoir envers soi-même"). Est-il besoin de préciser que les seules originalités qu'Ogien juge bon de joindre à sa déclaration triomphale concerne des attaques contre la morale traditionnelle la plus éculée, sans doute le moralisme identifié depuis longue date et qui n'est pas le moralisme nuisant de l'époque. Si Ogien escompte jouer les Spinoza de son temps, il apprendrait que les moralistes d'aujourd'hui ne sont plus les obscurantistes religieux, mais les pornographes impénitents. L'obscurantisme change de camp et les propos d'Ogien qui suivent sont désolants de platitude antimoraliste et de stéréotypes prévisibles.
Le Comte est bon.
"Oui, mais pardon, Ruwen Ogien, le critère n'est pas forcément un critère moral, qui consiste à dire : "Il a beau dire oui, en fait il dit non parce que le fond de son âme est pur", ou bien : "Il a beau dire oui, ce qu'il fait est quand même mal, parce que Dieu a interdit la sodomie"! Le critère n'est pas forcément moral! On peut aussi considérer par exemple en lisant Spinoza que tout homme qui souhaite se nuire finalement, qui cherche à se nuire, est un homme qui se fait une fausse représentation du bien, à laquelle il adhère de ce qui est bon pour lui, et qu'une connaissance claire et distincte, ou qu'une connaissance non mutilée, qu'une connaissance complète, suffirait à dissoudre... On n'est pas obligé d'être dans la morale à l'instant où...
Ogien : - Là où je suis d'accord avec vous, je serais très, très heureux si cette conception qui extrait de la morale le rapport à soi-même était plus répandue. Mais le problème, c'est que le rapport à soi-même, l'idée de devoir envers soi-même sont je dirais presque des piliers de la philosophie morale traditionnelle. Ils font peut-être même la base de l'enseignement du professeur de philosophie ordinaire, apprendre aux gens à être tempérants, à être mesurés, modérés dans leurs propos, à essayer de ne pas gâcher leur talent, à faire quelque chose de leur vie, etcétéra, ce sont des chose qui font partie de l'éducation ordinaire, donc mon souci, c'est de, de, que, comme vous venez de le dire d'ailleurs, de, de, d'extraire tout ça du domaine moral."
Quand la bêtise est au-dessus des mots, que faut-il faire?
1) Qu'est-ce que la morale pour que nos deux histrions de la philosophie prétendent de concert en finir? Si al morale se réduit à la croyance dans le Bien et le Mal objectifs, je veux bien écouter; mais s'il s'agit d'aller à l'encontre du principe de délimitation et de distinction, alors aucun philosophe, je parle sous le contrôle du grand Spinoza, n'a osé pareille folie. Serait-ce que le nihilisme soit suffisamment à al mode pour qu'il se permette des insinuations qui, loin d'abolir toute morale, rétablissent in fine la morale la plus moraliste et la plus étriquée, la morale de la violence et de la - pornographie?
2) D'après Enthoven lui-même, la pensée d'un philosophe majeur comme Spinoza réfute le principe de la séparation entre l'individu consentant absolument/immédiatement et les autres individus. La notion de nuisance envers les autres s'enrichit de son corolaire, la nuisance contre soi, qui est jugée, sinon identique, du moins aussi pernicieuse.
3) La réponse d'Ogien laisse perplexe sur les facultés d'Ogien. Je cite, il faut bien le confesser, l'énergumène : "Je serais très, très heureux si cette conception qui extrait de la morale le rapport à soi-même était plus répandue. Mais le problème, c'est que le rapport à soi-même, l'idée de devoir envers soi-même sont je dirais presque des piliers de la philosophie morale traditionnelle". Qu'est-ce que le rapport à soi-même désigne-t-il et en quoi ce rapport diffère de la morale pernicieuse? C'est ce que nous saurons d'autant moins que Ogien, jamais à court d'avanies, oppose explicitement en quelques mots le rapport à soi-même (comme extraction positive de la morale) au... rapport à soi-même (comme "idée de devoir envers soi-même"). Est-il besoin de préciser que les seules originalités qu'Ogien juge bon de joindre à sa déclaration triomphale concerne des attaques contre la morale traditionnelle la plus éculée, sans doute le moralisme identifié depuis longue date et qui n'est pas le moralisme nuisant de l'époque. Si Ogien escompte jouer les Spinoza de son temps, il apprendrait que les moralistes d'aujourd'hui ne sont plus les obscurantistes religieux, mais les pornographes impénitents. L'obscurantisme change de camp et les propos d'Ogien qui suivent sont désolants de platitude antimoraliste et de stéréotypes prévisibles.
Le Comte est bon.
Les chemins du plaisir 104
Se rend-on compte qu'Ogien livre avec un aplomb confondant de la liberté la définition du totalitarisme libertaire? Laisser entendre que l'individu est libre de faire ce qu'il veut de sa propre vie (à condition qu'il ne nuise pas à celle d'autrui) est rigoureusement fausse et se trouve démentie par de nombreux exemples. Il est facile de montrer, et Kant notamment l'a fait, que l'individu n'est pas propriétaire de sa vie, que sa vie appartient au genre humain, en relation avec le passé, le présent et le futur. Sans doute est-ce la raison qui provoque chez Aristote tant d'hésitations entre l'individu et l'espèce pour localiser, si je puis dire, l'essence. La définition que reprend Ogien légitime l'idée de liberté comme libération des limites. La mauvaise foi, patente, mérite d'être décortiquée comme un modèle du genre. Ogien introduit une fausse limite en ce que l'individu comme limite de la liberté absolue est éminemment contestable. Nul besoin de revenir sur les preuves qui démontrent la légèreté avec laquelle Ogien expose son objectivité. Je me demande d'ailleurs si Ogien ne confond pas, avec une certaine bonne foi déconcertante, objectivité et objectivation, tant il use et abuse de procédés qui consistent à attaquer au nom de l'objectivité, alors qu'il se situe, plus que la polémique, dans le parti-pris de la plus haute partialité (et, ajouterai-je, de la plus haute impertinence à l'encontre de la réalité). Il résulte de tout ce fatras, professé avec l'aplomb du moraliste nihiliste, une doctrine de l'Etre qui correspond en tous points aux attendus de l'ultralibéralisme. L'annonce fracassante de l'individu comme fondement ontologique permet :
1) de légitimer, par le truchement du plaisir et de la violence notamment, la réification du monde extérieur, puisque l'individu-fondement étant l'essentiel, l'environnement sombre dans l'accidentel.
2) de réifier le fondement lui-même, puisque l'individu ne se trouve promu au fondement du réel qu'à la condition de présenter l'apparence et l'immédiateté comme les prémisses de tout discours ontologique.
Inutile d'ajouter à ce tableau consternant qu'Ogien présente sa méthode comme l'éloge du minimalisme, minimalisme ontologique qui sonne comme un aveu de la défaite de la pensée (le nihilisme incarne la défaite de la pensée), tant il est vrai que le minimalisme se confond (malheureusement) avec la réduction ontologique et que l'on ne comprend trop que la formidable violence, inscrite dans le projet réductionniste, soit louée par le projet au coeur duquel elle se trouve l'instigatrice - le minimalisme.
Le Comte est bon.
1) de légitimer, par le truchement du plaisir et de la violence notamment, la réification du monde extérieur, puisque l'individu-fondement étant l'essentiel, l'environnement sombre dans l'accidentel.
2) de réifier le fondement lui-même, puisque l'individu ne se trouve promu au fondement du réel qu'à la condition de présenter l'apparence et l'immédiateté comme les prémisses de tout discours ontologique.
Inutile d'ajouter à ce tableau consternant qu'Ogien présente sa méthode comme l'éloge du minimalisme, minimalisme ontologique qui sonne comme un aveu de la défaite de la pensée (le nihilisme incarne la défaite de la pensée), tant il est vrai que le minimalisme se confond (malheureusement) avec la réduction ontologique et que l'on ne comprend trop que la formidable violence, inscrite dans le projet réductionniste, soit louée par le projet au coeur duquel elle se trouve l'instigatrice - le minimalisme.
Le Comte est bon.
lundi 24 septembre 2007
Les chemins du plaisir 103 bis
Mettons côte à côte la définition kantienne de la morale et celle dont se revendique Ogien au nom de la liberté. La question cruciale est d'envisager si à chaque fois la limitation est envisagée de la même manière.
Ogien : "On a le droit de faire ce qu'on veut de sa propre vie tant qu'on ne nuit pas aux autres."
Kant : "Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen."
L'escroquerie est patente, car Ogien joue sur le fondement de l'individu quand Kant énonce la prudence élémentaire.
1) Ogien possède d'évidence un fondement ontologique : l'individu. L'individu est le fond et la fin du réel. Ce qu'Aristote avait tant peiné à édicter, Ogien le résout par oukase personnelle. C'est sans doute cela le minimalisme, mais l'on me permettra d'appeler cette caricature d'ontologie du simplisme borné. A moins que cette manière de prétendre que le fondement du réel est l'individu et le critère de la vérité l'apparence immédiate ne renvoie à l'ultralibéralisme, qui professe les mêmes évidences et se réclame du même terrain. La libération sexuelle a un arrière-goût de
totalitarisme légitimé (à l'aveuglette).
2) Pourquoi Kant, malgré toutes les critiques qu'on peut lui adresser, est un grand philosophe, quand Ogien est un idéologue positivement objectif, un Cottard de la philosophie, un Rastignac de l'objectivité? Kant se garde bien, au sens du garde-fou(et) et de la véritable profondeur de la cohérence, d'énoncer de manière péremptoire que l'individu est le fondement ontologique du réel. La fin chez Kant ressortit de l'humanité, non de l'individu. Où Ogien établit le critère d'une liberté sans limite pour le propre de l'individu, Kant rappelle que chaque vie compte dans le registre de l'humanité, renvoie à l'avenir de l'humanité, et que l'implication de la liberté individuelle ne saurait se résumer à l'individualité. Elle engage bien plutôt l'humanité dans chaque action individuelle. Kant déjoue le piège du totalitarisme comme fantasme de la liberté et de la libération absolue, dans lequel Ogien tombe allègrement. Pas seulement. Kant prend conscience que le fondement de la liberté et du consentement ne saurait se limiter à l'individu, car l'individu n'existe jamais à l'état de pureté. Son existence implique toujours celle de ses congénères, tant dans le moment présent que dans ceux passés et à venir. Cette évidence, qu'Ogien ne contesterait nullement en matière de politique, est évoquée dans la sphère privée au nom de l'utopie selon laquelle la sphère du privé ne concernerait que l'individu. Ogien serait-il nostalgique d'un état où la liberté serait totale et absolue, et qui expliquerait sa soif de libération sans limite? En tout cas, sa définition de la liberté évoque, je le répète une nouvelle fois, avec trop de précision l'ultralibéralisme pour qu'on ne s'y attache pas. J'y reviendrai. Contre cette séparation confinant au cloisonnement, rappelons que l'individu n'est jamais seul, à son grand avantage (il aurait disparu depuis belle lurette de la liste des espèces vivantes) et pour sa plus grande responsabilité. Le fondement ontologique de la liberté renvoie en définitive au fondement ontologique de la vie, qui n'appartient à aucune individualité, mais énonce le principe de l'entre-deux ou de l'altérité. La liberté de l'individu implique celle de l'espèce dans son ensemble, sa tradition et son avenir. La liberté est altérité dans la mesure où elle est pérennité. La liberté d'Ogien est une duperie en ce qu'elle nie le principe d'altérité et de pérennité et sépare l'individu de sa responsabilité humaine (au sens d'humanité). L'imposture d'Ogien consiste à laisser croire que l'action individuelle n'implique et ne concerne que l'individu consentant. Si l'individu est un fin, c'est pourtant qu'il implique l'humanité dans sa manifestation d'absolu. L'individu selon Ogien est un être morcelé du réel, une créature dont le fond et la fin renvoient à son propre autotélisme dévoyé.
Qu'Ogien lise Dostoïevski et le Comte sera bon.
Ogien : "On a le droit de faire ce qu'on veut de sa propre vie tant qu'on ne nuit pas aux autres."
Kant : "Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen."
L'escroquerie est patente, car Ogien joue sur le fondement de l'individu quand Kant énonce la prudence élémentaire.
1) Ogien possède d'évidence un fondement ontologique : l'individu. L'individu est le fond et la fin du réel. Ce qu'Aristote avait tant peiné à édicter, Ogien le résout par oukase personnelle. C'est sans doute cela le minimalisme, mais l'on me permettra d'appeler cette caricature d'ontologie du simplisme borné. A moins que cette manière de prétendre que le fondement du réel est l'individu et le critère de la vérité l'apparence immédiate ne renvoie à l'ultralibéralisme, qui professe les mêmes évidences et se réclame du même terrain. La libération sexuelle a un arrière-goût de
totalitarisme légitimé (à l'aveuglette).
2) Pourquoi Kant, malgré toutes les critiques qu'on peut lui adresser, est un grand philosophe, quand Ogien est un idéologue positivement objectif, un Cottard de la philosophie, un Rastignac de l'objectivité? Kant se garde bien, au sens du garde-fou(et) et de la véritable profondeur de la cohérence, d'énoncer de manière péremptoire que l'individu est le fondement ontologique du réel. La fin chez Kant ressortit de l'humanité, non de l'individu. Où Ogien établit le critère d'une liberté sans limite pour le propre de l'individu, Kant rappelle que chaque vie compte dans le registre de l'humanité, renvoie à l'avenir de l'humanité, et que l'implication de la liberté individuelle ne saurait se résumer à l'individualité. Elle engage bien plutôt l'humanité dans chaque action individuelle. Kant déjoue le piège du totalitarisme comme fantasme de la liberté et de la libération absolue, dans lequel Ogien tombe allègrement. Pas seulement. Kant prend conscience que le fondement de la liberté et du consentement ne saurait se limiter à l'individu, car l'individu n'existe jamais à l'état de pureté. Son existence implique toujours celle de ses congénères, tant dans le moment présent que dans ceux passés et à venir. Cette évidence, qu'Ogien ne contesterait nullement en matière de politique, est évoquée dans la sphère privée au nom de l'utopie selon laquelle la sphère du privé ne concernerait que l'individu. Ogien serait-il nostalgique d'un état où la liberté serait totale et absolue, et qui expliquerait sa soif de libération sans limite? En tout cas, sa définition de la liberté évoque, je le répète une nouvelle fois, avec trop de précision l'ultralibéralisme pour qu'on ne s'y attache pas. J'y reviendrai. Contre cette séparation confinant au cloisonnement, rappelons que l'individu n'est jamais seul, à son grand avantage (il aurait disparu depuis belle lurette de la liste des espèces vivantes) et pour sa plus grande responsabilité. Le fondement ontologique de la liberté renvoie en définitive au fondement ontologique de la vie, qui n'appartient à aucune individualité, mais énonce le principe de l'entre-deux ou de l'altérité. La liberté de l'individu implique celle de l'espèce dans son ensemble, sa tradition et son avenir. La liberté est altérité dans la mesure où elle est pérennité. La liberté d'Ogien est une duperie en ce qu'elle nie le principe d'altérité et de pérennité et sépare l'individu de sa responsabilité humaine (au sens d'humanité). L'imposture d'Ogien consiste à laisser croire que l'action individuelle n'implique et ne concerne que l'individu consentant. Si l'individu est un fin, c'est pourtant qu'il implique l'humanité dans sa manifestation d'absolu. L'individu selon Ogien est un être morcelé du réel, une créature dont le fond et la fin renvoient à son propre autotélisme dévoyé.
Qu'Ogien lise Dostoïevski et le Comte sera bon.
Les chemins du plaisir 103
Ogien : - Tout ça, c'est vraiment du paternalisme pour moi! Il faut accepter ce que les gens disent, il faut avoir des critères assez minimalistes du consentement, parce qu'autrement, même le vote dans les états démocratiques serait supposé être toujours, euh..., ne serait jamais supposé représenter le consentement du peuple donc."
Je passerai sur le crétinisme insultant pour la compréhension de la violence et de la souffrance qui consiste à expliquer par le paternalisme l'enfermement consenti dans la destruction. Je retiendrai qu'Ogien commence son apologie du minimalisme comme éloge du simplisme béat et repu. Qu'est-ce que le minimalisme à la sauce Ogien? Il s'agit de décréter, avec un aplomb qui confine au coup de force, que la vérité tient dans la première apparence, immédiateté qui tient ici à la première parole. On pourrait objecter que voilà plusieurs minutes qu'Ogien saborde tous les vrais problèmes poru en conserver que ceux qui lui permettent de sauver la face (objective). Le premier des détectives se trouverait perplexe et dans l'impossibilité d'effectuer son travail s'il était contraint de suivre la définition de la vérité selon Ogien. Dans ce cas en effet, n'importe quel accusé dit la vérité et les seuls coupables sont ceux qui avouent les fautes qu'on leur reproche. Problème : la plupart des accusés mentent et ne sont nullement innocents, contrairement à leurs prétentions. Problème connexe : certains accusés consentent à avouer des fautes qu'ils n'ont pas commis. Si l'on suit le raisonnement d'Ogien : les accusés d'Outreau sont-ils coupables ou innocents, sachant qu'ils ont clamé leur innocence, mais que de célèbres criminels pédophiles ont fait de même? Sachant aussi que leur parole immédiate se heurtent aux dénonciations consentantes de leurs accusateurs? Le critère que suit Ogien est tout simplement aberrant et démontre que l'objectivité selon Ogien consiste moins à chercher la vérité qu'à vouloir démontrer ce qu'on désire intimement. Je suis désolé de ma psychologie de comptoir. Faut-il interpréter plus subjectivement le rejet du psychologisme et de la complexité chez notre philosophe des trottoirs? Le complexe opposé au simplisme, constatation qui ne manque pas de piquant! Pourtant, Ogien, qui compile les perles pour un bêtisier, explique son argument faux par la défense de la démocratie. Définition de la mauvaise foi : invoquer son ennemi comme son ami. Que veut dire être sens dessus dessous? Bien, je récite : "Même le vote dans les états démocratiques serait supposé être toujours, euh..., ne serait jamais supposé représenter le consentement du peuple donc." Ogien fait bien de s'emberlificoter les pinceaux. Car si on le suit, le vote reposerait sur un principe de vérification et de consentement qui est également invoqué pour les élections truquées des pays totalitaires, magistralement remportées par les dictateurs démocrates! La validité démocratique ne dépend donc pas du minimalisme qu'invoque Ogien, mais de principes de vérification qui contredisent précisément l'immédiateté et l'adhésion naïve à l'apparence. Les controverses indéfinies entre experts dubitatifs et régimes totalitaires jurant leur bonne foi indiquent assez que la démocratie ne se vérifie jamais sur la première apparence. Idem pour le consentement : ce n'est pas la première parole qui témoigne de sa vérité. Sans quoi cette stupidité énoncée par Ogien supposerait que le citoyen jurant de son consentement après torture est bien consentant, au nom du critère de décidabilité du consentement (sous-entendu : la définition du consentement suppose la négation du réel, ce qui est absurde). Le moins qu'on puisse en conclure est que le raisonnement d'Ogien, s'il ne clarifie nullement la définition des représentations qu'il aborde, sans les toucher pour mieux y retoucher, valide à chaque fois la légitimation de la violence. Pas de n'importe quelle violence. Du monstrueux et de l'abject indéfendables. Ogien est l'avocat par la preuve objective de l'indéfendable. Ogien serait-il en fin de compte l'avocat du diable? En tout cas, notre Ogien à la réputation internationale de philosophe du délire, après les philosophes du soupçon, n'est pas pour rien édité en compagnie de la grande prêtresse Ovidie et de la mystique Bentley : il ne fait rien de moins que permettre le retour du totalitarisme en terre démocratique au nom de la démocratie. Si sa méthode n'était aussi affligeante, son désespoir méthodologique accroîtrait sa hardiesse quasi téméraire. Oser de pareilles divagations, faut le faire!
Le Comte est kamikaze!
Je passerai sur le crétinisme insultant pour la compréhension de la violence et de la souffrance qui consiste à expliquer par le paternalisme l'enfermement consenti dans la destruction. Je retiendrai qu'Ogien commence son apologie du minimalisme comme éloge du simplisme béat et repu. Qu'est-ce que le minimalisme à la sauce Ogien? Il s'agit de décréter, avec un aplomb qui confine au coup de force, que la vérité tient dans la première apparence, immédiateté qui tient ici à la première parole. On pourrait objecter que voilà plusieurs minutes qu'Ogien saborde tous les vrais problèmes poru en conserver que ceux qui lui permettent de sauver la face (objective). Le premier des détectives se trouverait perplexe et dans l'impossibilité d'effectuer son travail s'il était contraint de suivre la définition de la vérité selon Ogien. Dans ce cas en effet, n'importe quel accusé dit la vérité et les seuls coupables sont ceux qui avouent les fautes qu'on leur reproche. Problème : la plupart des accusés mentent et ne sont nullement innocents, contrairement à leurs prétentions. Problème connexe : certains accusés consentent à avouer des fautes qu'ils n'ont pas commis. Si l'on suit le raisonnement d'Ogien : les accusés d'Outreau sont-ils coupables ou innocents, sachant qu'ils ont clamé leur innocence, mais que de célèbres criminels pédophiles ont fait de même? Sachant aussi que leur parole immédiate se heurtent aux dénonciations consentantes de leurs accusateurs? Le critère que suit Ogien est tout simplement aberrant et démontre que l'objectivité selon Ogien consiste moins à chercher la vérité qu'à vouloir démontrer ce qu'on désire intimement. Je suis désolé de ma psychologie de comptoir. Faut-il interpréter plus subjectivement le rejet du psychologisme et de la complexité chez notre philosophe des trottoirs? Le complexe opposé au simplisme, constatation qui ne manque pas de piquant! Pourtant, Ogien, qui compile les perles pour un bêtisier, explique son argument faux par la défense de la démocratie. Définition de la mauvaise foi : invoquer son ennemi comme son ami. Que veut dire être sens dessus dessous? Bien, je récite : "Même le vote dans les états démocratiques serait supposé être toujours, euh..., ne serait jamais supposé représenter le consentement du peuple donc." Ogien fait bien de s'emberlificoter les pinceaux. Car si on le suit, le vote reposerait sur un principe de vérification et de consentement qui est également invoqué pour les élections truquées des pays totalitaires, magistralement remportées par les dictateurs démocrates! La validité démocratique ne dépend donc pas du minimalisme qu'invoque Ogien, mais de principes de vérification qui contredisent précisément l'immédiateté et l'adhésion naïve à l'apparence. Les controverses indéfinies entre experts dubitatifs et régimes totalitaires jurant leur bonne foi indiquent assez que la démocratie ne se vérifie jamais sur la première apparence. Idem pour le consentement : ce n'est pas la première parole qui témoigne de sa vérité. Sans quoi cette stupidité énoncée par Ogien supposerait que le citoyen jurant de son consentement après torture est bien consentant, au nom du critère de décidabilité du consentement (sous-entendu : la définition du consentement suppose la négation du réel, ce qui est absurde). Le moins qu'on puisse en conclure est que le raisonnement d'Ogien, s'il ne clarifie nullement la définition des représentations qu'il aborde, sans les toucher pour mieux y retoucher, valide à chaque fois la légitimation de la violence. Pas de n'importe quelle violence. Du monstrueux et de l'abject indéfendables. Ogien est l'avocat par la preuve objective de l'indéfendable. Ogien serait-il en fin de compte l'avocat du diable? En tout cas, notre Ogien à la réputation internationale de philosophe du délire, après les philosophes du soupçon, n'est pas pour rien édité en compagnie de la grande prêtresse Ovidie et de la mystique Bentley : il ne fait rien de moins que permettre le retour du totalitarisme en terre démocratique au nom de la démocratie. Si sa méthode n'était aussi affligeante, son désespoir méthodologique accroîtrait sa hardiesse quasi téméraire. Oser de pareilles divagations, faut le faire!
Le Comte est kamikaze!
Les chemins du plaisir 102
Enthoven cite Ogien : "Prenez le cas du consentement en matière sexuelle. Les plus conservateurs ont toujours rejeté l'idée que le seul critère du permis et de l'interdit en matière sexuelle, c'était le consentement des partenaires. Et pour cause, ça c'est moi qui l'ajoute, s'ils l'admettaient, ils ne pourraient plus crier au scandale devant la prostitution, l'homosexualité, les pratiques sado-masochistes ou les mères porteuses, comme ils le font habituellement."
R. Ogien, La liberté d'offenser.
Après un long galimatias, Ruwen Ogien, qui prétendait passer la pornographie au crible de ses critères objectifs et minimalistes, laisse la parole à Enthoven. Enthoven, dont on ne sait s'il joue un jeu ou appartient vraiment au nihilisme contemporain, lâche innocemment en tout cas l'éditeur de l'opus d'Ogien. Stupeur et ébranlement, celui-ci se trouve être les trop connues éditions de la Musardine, éditions érotiques et parisiennes qui éditent déjà Ovidie et... Bentley. Evidemment. On mesure l'impartialité et l'objectivité d'invités comme Ogien à l'aune de telles critères. Le moins qu'on puisse relever, c'est qu'Enthoven n'a pas eu besoin de trop chercher avant de confectionner sa carte des partisans du réglementarisme sexuelle et pornographique : il a ouvert Philosophie magazine, au comité de rédaction duquel il participe, et a consulté la liste proposée en parallèle par la Musardine. Peut-être les deux en même temps? Je ne sais au juste et préfère au fond ne pas approfondir. Certains rapprochements valent mieux que de longs et oiseux commentaires.
1) On remarquera que le consentement permet à Ogien de réhabiliter pêle-mêle la "prostitution, l'homosexualité, les pratiques sado-masochistes ou les mères porteuses". Quel fourre-tout admirable! Quelle cohérence pour un analyste de l'objectivité minimaliste! Si je comprends tout, dénoncer la peu de pertinence du consentement en matière de prostitution, c'est aussi être contre l'homosexualité, dont on sait qu'elle relève d'un choix de l'individu certain et incontestable. Consentir à la prostitution, à l'homosexualité, au SM, aux mères porteuses, le moins qu'on puisse dire est que le consentement ici invoqué ne renvoie pas du tout au même consentement! C'est une escroquerie intellectuelle à laquelle se livre Ogien!
2) Si l'on analyse en bref la définition implicite qu'Ogien livre du consentement en matière d'homosexualité, elle implique que l'individu choisisse sa sexualité, ce qui relève de l'aberration profonde. Ogien se contenterait-il une fois de plis d'évacuer le problème de fond du consentement pour mieux parler du consentement entre partenaires homosexuels? Dans ce cas, sa méthodologie est d'une pauvreté affligeante... C'est ça, Ruwen, l'objectivité? Pas seulement : le fort déterminisme présent dès lors dans le consentement totalitaire (tel qu'Ogien l'édicte et selon les équivalences d'Ogien) réhabilite aussi le scandale intellectuel par excellence : si consentir, c'est aussi consentir au donné déterminé, les personnes qui se livrent à la prostitution consentent dans l'exacte mesure où elles sont de la caste des prostituées. On peut aussi consentir à être noir et esclave, mais est-il besoin de citer la présente aberration pour comprendre que l'argumentaire d'Ogien recèle des saveurs et des souvenirs nauséabonds?
3) Avec une puérilité polémique affligeante, Ogien tombe le masque. Son objectivité est d'une telle partialité pour qui n'en aurait pas pris acte qu'il n'hésite pas à procéder à des amalgames ridicules : qui sont ces conservateurs qu'ils stigmatisent d'autant plus que sa bouche bredouillante les loue par contrepoint et contre exemple? Ogien se rend-il compte qu'il pense tellement faux qu'il finit toujours par indiquer le vrai - sous le faux? Que le conservatisme dont il prétend se libérer le mène droit au totalitarisme ultralibéral? En tout cas, mettre dans le même chapeau ceux qui nient le consentement des personnes prostituées et ceux qui nient le consentement des homosexuels, chapeau! Remettre en question le consentement des personnes prostituées, c'est énoncer une évidence ontologique sans laquelle l'activité élémentaire serait anéantie. Je n'envisage même pas la psychologie, puisqu'Ogien la réfute au nom de l'objectivité (le simplisme des attaques puériles d'Ogien est effrayant : l'analyse psychologique relève, au choix : du psychologisme méprisé; du conservatisme à tendance fanatique et religieuse; du paternalisme bourré de préjugés grotesques). Ogien se meut dans un monde d'équivalences aussi logiques qu'infiniment simplettes. Abolitionniste=homophobe. Sans doute aussi=prohibitionniste, obscurantisme, j'en passe et des salades. Ainsi va l'objectivité : rappeler que la violence rend caduc le consentement des personnes prostituées implique rationnellement que l'on soit contre l'homosexualité... Décidément, les éditions de la Musardine doivent sans doute chercher un nouveau Sade pour autoriser de telles dérélictions, qui, fort heureusement, favorisent les opinions stipendiées comme les voix de la justesse et de la réalité conjuguées!
Le Comte est long.
R. Ogien, La liberté d'offenser.
Après un long galimatias, Ruwen Ogien, qui prétendait passer la pornographie au crible de ses critères objectifs et minimalistes, laisse la parole à Enthoven. Enthoven, dont on ne sait s'il joue un jeu ou appartient vraiment au nihilisme contemporain, lâche innocemment en tout cas l'éditeur de l'opus d'Ogien. Stupeur et ébranlement, celui-ci se trouve être les trop connues éditions de la Musardine, éditions érotiques et parisiennes qui éditent déjà Ovidie et... Bentley. Evidemment. On mesure l'impartialité et l'objectivité d'invités comme Ogien à l'aune de telles critères. Le moins qu'on puisse relever, c'est qu'Enthoven n'a pas eu besoin de trop chercher avant de confectionner sa carte des partisans du réglementarisme sexuelle et pornographique : il a ouvert Philosophie magazine, au comité de rédaction duquel il participe, et a consulté la liste proposée en parallèle par la Musardine. Peut-être les deux en même temps? Je ne sais au juste et préfère au fond ne pas approfondir. Certains rapprochements valent mieux que de longs et oiseux commentaires.
1) On remarquera que le consentement permet à Ogien de réhabiliter pêle-mêle la "prostitution, l'homosexualité, les pratiques sado-masochistes ou les mères porteuses". Quel fourre-tout admirable! Quelle cohérence pour un analyste de l'objectivité minimaliste! Si je comprends tout, dénoncer la peu de pertinence du consentement en matière de prostitution, c'est aussi être contre l'homosexualité, dont on sait qu'elle relève d'un choix de l'individu certain et incontestable. Consentir à la prostitution, à l'homosexualité, au SM, aux mères porteuses, le moins qu'on puisse dire est que le consentement ici invoqué ne renvoie pas du tout au même consentement! C'est une escroquerie intellectuelle à laquelle se livre Ogien!
2) Si l'on analyse en bref la définition implicite qu'Ogien livre du consentement en matière d'homosexualité, elle implique que l'individu choisisse sa sexualité, ce qui relève de l'aberration profonde. Ogien se contenterait-il une fois de plis d'évacuer le problème de fond du consentement pour mieux parler du consentement entre partenaires homosexuels? Dans ce cas, sa méthodologie est d'une pauvreté affligeante... C'est ça, Ruwen, l'objectivité? Pas seulement : le fort déterminisme présent dès lors dans le consentement totalitaire (tel qu'Ogien l'édicte et selon les équivalences d'Ogien) réhabilite aussi le scandale intellectuel par excellence : si consentir, c'est aussi consentir au donné déterminé, les personnes qui se livrent à la prostitution consentent dans l'exacte mesure où elles sont de la caste des prostituées. On peut aussi consentir à être noir et esclave, mais est-il besoin de citer la présente aberration pour comprendre que l'argumentaire d'Ogien recèle des saveurs et des souvenirs nauséabonds?
3) Avec une puérilité polémique affligeante, Ogien tombe le masque. Son objectivité est d'une telle partialité pour qui n'en aurait pas pris acte qu'il n'hésite pas à procéder à des amalgames ridicules : qui sont ces conservateurs qu'ils stigmatisent d'autant plus que sa bouche bredouillante les loue par contrepoint et contre exemple? Ogien se rend-il compte qu'il pense tellement faux qu'il finit toujours par indiquer le vrai - sous le faux? Que le conservatisme dont il prétend se libérer le mène droit au totalitarisme ultralibéral? En tout cas, mettre dans le même chapeau ceux qui nient le consentement des personnes prostituées et ceux qui nient le consentement des homosexuels, chapeau! Remettre en question le consentement des personnes prostituées, c'est énoncer une évidence ontologique sans laquelle l'activité élémentaire serait anéantie. Je n'envisage même pas la psychologie, puisqu'Ogien la réfute au nom de l'objectivité (le simplisme des attaques puériles d'Ogien est effrayant : l'analyse psychologique relève, au choix : du psychologisme méprisé; du conservatisme à tendance fanatique et religieuse; du paternalisme bourré de préjugés grotesques). Ogien se meut dans un monde d'équivalences aussi logiques qu'infiniment simplettes. Abolitionniste=homophobe. Sans doute aussi=prohibitionniste, obscurantisme, j'en passe et des salades. Ainsi va l'objectivité : rappeler que la violence rend caduc le consentement des personnes prostituées implique rationnellement que l'on soit contre l'homosexualité... Décidément, les éditions de la Musardine doivent sans doute chercher un nouveau Sade pour autoriser de telles dérélictions, qui, fort heureusement, favorisent les opinions stipendiées comme les voix de la justesse et de la réalité conjuguées!
Le Comte est long.
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