vendredi 28 septembre 2007

Les chemins du plaisir 120

La surenchère pornographique, unanimement reconnue, y compris parmi les partisans initiaux et libertaires de la pornographie, qui aujourd'hui s'effarouchent des gonzos, les idéologues de la libération monstrueuse, est tout à fait prévisible dans l'esprit du Même. Elle n'est qu'un symptôme du Même, soit de l'esprit qui refuse la différence au nom de l'uniformisation. Pour le Même, la différence est perçue comme l'ennemi qui rend paradoxal le réel et empêche de penser l'infini comme éternité uniforme. L'uniforme est le difforme. Qu'est-ce que le monstrueux? Le refus de la différence pousse à la réfutation de la créativité pour faire en sorte que la présence ne sombre pas dans la dépréciation qualitative. L'uniformisation suppose la dépréciation négative, comme la négation de l'énigme de la création, et qui veut que le donné contienne un donné dont al surabondance excède déjà les forces en présence. L'explication au devenir, c'est que le présent contient la surabondance qui permet à la présence de poursuivre. C'est le mystère de la différence que de concevoir le devenir comme la surabondance présente. Cette négation de la surabondance qualitative aboutit à la pure répétition, comme expression négative du refus de la surabondance et l'uniformisation comme dépréciation qualitative du donné. Dans la différence comme enrichissement qualitatif constant, la qualitatif suppose que le présent contienne la surabondance qui permette d'aboutir à la succession de la répétition. La répétition comme enchaînement de pur mimétisme engendre logiquement le passage du qualitatif au quantitatif. Ce quantitatif explique que le donné contient moins que la succession qui va lui succéder, alors que le qualitatif contient un surplus qui ne réside pas dans l'ordre. Le qualitatif, c'est l'affirmation que le donné ne se limite pas, dans tous les sens du terme, à de l'ordre. La considération d'une omnipotence de l'ordre comme projection du sensible aboutit à la dépréciation quantitative. L'imitation déprécié constamment le donné. La surenchère quantitative est la réponse désespérée à ce besoin de compenser la négation de la différence par l'affirmation de la violence. L'affirmation de la violence est la conséquence nécessaire de la dépréciation quantitative. Inutile d'ajouter que la surenchère quantitative manque son but de façon prévisible et que la surenchère conduit à toujours plus de destruction et à l'accélération de la destruction au nom de la perfection et de l'uniformisation.

Les chemins du plaisir 119

Fascination pour la violence : les apologies de la violence au nom du fait que la violence n'est pas si grave, qu'on s'en remet toujours, indique la contiguïté violence/création. Mais la destruction exclut la création, quand la création inclut la destruction. Même paradoxe pour différence et répétition?

Les chemins du plaisir 118

L'explication à la fascination envers la violence tient au rôle de la violence dans le processus d'ordonnation. La violence participe au processus de délimitation, de singularisation, de formalisation du réel en tant que finitude. Raison de la confusion entre la violence et la création. La fascination active ou passive envers la violence s'explique massivement par sa contiguïté avec le processus de création à l'oeuvre à chaque instant dans le réel. Advenir, certes, c'est en passer par la violence; en tant que la violence, c'est in fine la différence et l'énergie. Je crois que le meilleur moyen de démystifier la violence, en tant que préjugé engendrant autant l'admiration que la fascination apeurée, c'est de comprendre que la violence n'est jamais que l'énergie négative - pour l'homme. La différence entre la violence intégrée au réel et la violence pure, utopie fantasmatique et formelle, c'est que la violence intégrée ressortit de la différence réelle; tandis que la violence pure, qui n'existe pas positivement, renvoie en fait au processus de réification qui ne dit pas son nom, à la destruction absolue en tant que répétition privée de la différence; la réduction ontologique à l'immédiateté première.

Les chemins du plaisir 117

Les apôtres de l'Hyperréel ne cesse de railler l'absence de normes pour en conclure à l'inexistence de la norme en tant que telle et appeler à la libération absolue. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu'ils établissent la forme pure du moralisme, qui tient à la limite pure en tant qu'absence pure de limites. Dans le même registre de paradoxes susceptibles d'éclairer sur la duperie constitutive de l'Hyperréel : tandis que l'impossibilité d'établir la norme est le propre du réel, le propre de l'Hyperréel est de normer. Raison pour laquelle l'Hyperréel adresse le reproche justifié au réel de se trouver dans l'incapacité d'édicter le moindre principe de limitation. Et pour cause : le seul principe à la limitation, seul l'Hyperréel peut le produire. Résumons l'argumentation tortueuse de l'Hyperréel : il condamne l'absence de normativité dans la mesure où :
1) il est le seul à en disposer;
2) l'absence de normativité est la normativité par excellence, la forme parfaite et pure de normativité...
Si l'absence de normativité, la libération absolue, sont la seule forme envisageable de normativité, il s'en suit que la seule norme qui puisse tenir le critère de la perfection ontologique est la destruction pure. La seule normativité conséquente passe par la violence. Pour que la perfection advienne, rien de telle que la destruction. Dans le rien, la limite la plus sûre. Il reste à préciser que ce type de destruction, si elle évoque la violence présente au coeur de l'ordonnation, en diffère notablement en ce qu'elle est forme pure de violence, et non violence comme énergie créatrice perçue par l'homme dans un reflet anthropomorphique. La vraie violence ressortit en fait de l'énergie. La violence pure n'est norme intangible que dans la mesure où elle émane de l'utopie et de l'Hyperréel...

Les chemins du plaisir 116

La prédominance de l'image d'Épinal cinématographique provient du stéréotype du Surhomme tel que l'Hyperréel de Hollywood le façonne jusqu'au fascinant. Qui ne se rend pas compte de l'adéquation Hyperréel/Même/ultralibéralisme? Derrière cette sainte trilogie, qui précipiterait l'homme vers sa perte si l'homme ne possédait tant de ressources, il serait temps de considérer que les attaques sempiternelles et désormais stéréotypées contre le moralisme et la morale proviennent justement de leurs causes les plus inattendues. La lutte contre la morale telle qu'elle est professée n'est le refus de la limite qu'en tant qu'elle est la logique conséquence du postkantisme. Eh oui, celui que les nietzschéens considèrent non sans raison comme un indécrottable maître de morale a initié aussi l'argument métaphysique ou ontologique qui sert de référence aux actuels thuriféraires de la morale en tant que jeu sur la limite. La pseudo révolution copernicienne consiste bien à entériner une velléité humaine, qui consiste, pour contrer l'incertitude ontologique qui mine tout rapport de réel, de conférer à la représentation (comme faculté humaine coupée et indépendante du réel) supériorité et lettres de noblesse sur le réel. Au final, ce n'est pas seulement que le réel se retrouve bizarrement assujetti à la faculté de représentation humaine (le terme désignant le tout assujetti à l'une de ses parties infimes, quelle cohérence!). Il arrive même que le réel se trouve nié, soit au nom de son étroite dépendance de la représentation, dans un effet de renversement des plus bizarres (le tout devient la partie, la partie le tout); soit au nom du relativisme le plus ahurissant. Argument principal du relativisme : l'objectivité n'existe pas, tout se vaut, ce qui revient exactement à rétablir l'objectivation par défaut, l'absence de valeurs ne s'obtenant jamais que par la réduction ontologique. Le moins des paradoxes dans cet héritage kantien des plus frankensteiniens n'est certainement pas que ceux qui en descendent le plus certainement sont les postmodernes, en tant que postkantiens n'ayant eu de cesse de se réclamer de Nietzsche et de son héritage pour perpétrer leur attentat blasphématoire contre la pensée. Que Kant ait fait un enfant dégénéré et monstrueux avec Nietzsche constitue le genre de scoop qui pourrait intéresser Deleuze (accessoirement aussi, expliquer la folie de Nieztsche quand il réalisa quelle serait sa postérité véritable, une fois l'écume de l'enthousiasme passée).

jeudi 27 septembre 2007

Les chemins du plaisir 115

La limite est omniprésente en pornographie en ce que la pornographie interroge la limite. Le combat que s'arroge la pornographie contre la morale, alors qu'elle est l'expression du moralisme le plus dévoyé, renvoie à l'impossibilité d'édicter un principe de limitation et à la tentative, intéressée, d'arguer de l'impossibilité pour établir la limite de la violence. Pourtant, cette limite est la moins pérenne. Le principe de la limite revient surtout et déjà à poser la limite. Le principe de limitation consiste à incarner la différence, en instaurant l'extériorité comme ce qui ne relève pas du domaine de l'homme. Autant le dire de suite, le débat portant sur la bonne limite qu'entretient la pornographie pour nier la limitation autre que la sienne est vain. Il n'y a pas d'autre limite qu'empirique. Autrement dit : il n'est de principe que dans la mesure où le principe instaure la limitation. Quant aux cordonnées de cette entreprise, elles varient en fonction des agencements et des tâtonnements. Montaigne te Pascal ne savaient que trop ce fait, que l'ordre s'établit sans se réclamer d'un principe, puisque le principe n'est autre que le néant. Le pornographe doit être certainement borné pour ne pas se rendre compte que si le principe n'a toujours pas été découvert par Platon (découverte qui aurait été bien tardive), c'est qu'il n'existe pas littéralement, à l'instar du diable. Son existence symbolique lui confère cependant plus de force. Plus on cherche le principe, moins on cherche la délimitation pérenne. Le propre de la limite, c'est d'être pertinente dans la mesure où elle respecte le changement. La limite qui ordonne et accepte son évolution est une limite qui prospère sans se soucier de ses contours. Quand la limite commence à s'essouffler, elle se retourne, elle se pose, elle plastronne sur soi-même, bref, elle réclame d'autant plus le principe du principe qu'elle ne sent que trop sa fin prochaine. Quand la limite revendique le principe de son principe, c'est qu'elle réfute la vie et le changement. Elle s'atrophie, elle se chagrine de sa peau flasque et fade, elle sait qu'elle est de l'ordre le plus fragile, de l'ordre inférieur, l'ordre le plus près de l'anéantissement, au ras des pâquerettes. L'ordre qui refuse sa destruction et son évolution est d'une limite bien ténue, peu forte. Comme dans le nationalisme en politique, qui signale surtout la pauvreté de l'identité nationale revendiquée, l'exacerbation de la question de la limite prouve l'identité frelatée de l'ordre ainsi défendu à corps et à cris.

Destruction time

Entendu à la télévision : "Bush achève son mandat." Effectivement!